NOTRE MONDE INTÉRIEUR
Nous sommes riches de tout un passé avant même notre naissance. Mémoire des générations qui va influer sur chacune de nos actions. Nous répétons inconsciemment des comportements identiques à ceux de nos parents, à perpétuer un mode de pensée emprunté à ceux qui nous ont précédés. Ce que nos parents nous ont transmis est la conséquence de leur propre expérience. Ils nous font subir ce qu’ils ont eux-mêmes subi. Il est démontré que des comportements se répètent de génération en génération.
Un père qui a connu une enfance malheureuse sera lointain et peu affectueux avec ses enfants. Nous sommes destinés à porter en nous les marques des sentiments de nos parents à l’origine de notre conception. Un jeune enfant a toujours besoin de croire que ses parents s’aiment ; la négation de cet amour le renvoyant à la négation de sa propre identité. Nos parents sont toujours réunis à l’intérieur de nous. Les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, que ce soit de l’amour ou de la haine, nous habitent et nous en sommes obligatoirement les dépositaires.
Tout ce qu’un enfant entend dire concernant sa naissance le marque profondément. Lui a-t-on dit qu’il n’était pas désiré, qu’il en sera marqué toute sa vie, car cette remarque remet en question la justification de son existence. Un enfant a toujours besoin de savoir qu’il a été attendu et désiré à sa naissance. Un enfant ne peut se construire sans amour. La question qu’il se pose en permanence face à ses parents et face au monde qui l’entoure, est de savoir s’il est aimé. Dans la négative, il veut savoir pourquoi.
Tous ses agissements attendent une réponse à cette question : "Est-ce qu’on m’aime ?" car toute preuve d’amour est preuve d’existence. Il est difficile d’oublier l’absence d’amour dont nous avons été victimes dans notre enfance. Même si nous pardonnons à nos parents leur manque d’affection, nous finissons toujours par nous accuser de ne pas avoir été à la hauteur pour mériter leur amour. Nous nous en sentons, en quelque sorte, responsables. Et plus tard, devant tout échec dans nos relations, nous serons convaincus de ne pas être dignes d’être aimés et il nous semblera naturel de voir les autres nous fuir ou nous traiter durement.
Tout rejet ou agression nous rend d’autant plus malheureux que nous les vivons comme une punition, en quelque sorte, méritée. Un sentiment de culpabilité nous poursuit depuis l’enfance et nous fait douloureusement croire que nous méritons les agressions physiques ou verbales dont nous sommes victimes. Remplis de ces douleurs de l’enfance, nous sommes envahis par la peur d’avoir à les revivre et nous choisissons, trop souvent, sans en être toujours conscients, la personne qui sera susceptible de nous les faire revivre. Et c’est ainsi que chacun de nous risque de provoquer ce qu’il redoute, soit de faire correspondre la réalité à l’idée préconçue qu’il en a.
Nous devons prendre garde de ne pas nous maintenir toute notre vie, dans une attitude d’attente, nous accrochant désespérément à tout ce qui semble y répondre. À chaque déception, nous risquons de nous effondrer. Dans la vie de tous les jours, notre corps nous avertit sans cesse de ce qui le heurte et l’agresse. Il nous faut prendre en considération tout malaise ou sensation d’angoisse et agir, autant que possible, dès que nous en ressentons les premiers signes. Une fois installée, l’angoisse est d’une telle puissance, qu’elle rend toute action extrêmement difficile. L’angoisse est un signal d’alarme qui nous dit que nous étouffons dans des conditions qui ne sont plus adaptées à nos besoins. Nous ressentons alors le désir de transformer un espace qui est devenu irrespirable.
Nous devons vivre sereinement pour éviter la maladie, tel le cancer qui serait une maladie de l’âme avant d’être une maladie du corps. Il est constaté qu’un état particulier précède l’apparition d’un cancer. Il peut s’agir d’un traumatisme psychologique, qui entraîne d’autant plus de conséquences, qu’il touche surtout les sujets résignés qui ont de la difficulté à nouer de bonnes relations avec leur entourage. Il en résulte une modification des défenses physiologiques provoquée par des chocs affectifs répétés. Pour éviter cela, nous devons agir dans le sens de nos besoins, faire autant que possible ce que nous aimons et privilégier dans notre entourage des relations, contacts et communications qui nous sont les plus bénéfiques.
Source :
Bensaid, Catherine. Aime-toi, la vie t’aimera : comprendre sa douleur pour entendre son désir. Paris : Robert Laffont, 1992 (cote Dewey : 158.1 B474a).
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